Alors que la fête nationale appelle à la célébration du Québec, elle s’avère également un puissant révélateur des tensions qui l’animent. Difficile cette année de célébrer le Québec sans soulever l’importante crise sociale qui le secoue. Alors qu’un tumulte qu’aucune loi n’arrive à faire taire s’élève des rues depuis plusieurs mois, de nombreux politiciens et commentateurs critiquent l’irrationalité d’un mouvement qui demanderait, à leurs yeux, mers, mondes et utopies. Qu’en est-il vraiment de cette critique et qu’est-ce que la fête nationale peut nous dire de la place du symbolique en politique? Lire la suite
J’ai le plaisir de coanimer, jusqu’à la fin de l’été et avec mes acolytes Benjamin Hogue et Simon Beaulieu, l’émission les Étés Généraux à CIBL. Lors de l’émission du 19 juin dernier, où nous avons reçu en entrevue le député indépendant Pierre Curzi, j’ai fait un topo historique sur la fête nationale et la place du symbolique en politique. L’extrait se termine par une proposition pour un nouveau totem pour le Québec, la Tête de la Tortue. Lire la suite
la défaite patriote et l’émergence du clérico-nationalisme
Au sortir de la défaite patriote, l’Église se positionne comme la principale institution sociale représentative des francophones du Bas-Canada, qui se lancent à ce moment dans un véritable renouveau religieux. Les premières années de la décennie 1840 sont marquées par un mouvement de tempérance qui suscite un engouement aussi entier que soudain, mené par Mgr Bourget et appuyé par le Révérend Charles Chiquigny, un prédicateur français dont les sermons sont très courus. Lire la suite
La tradition du défilé est sans doute la plus caractéristique de la Saint-Jean-Baptiste. Tous, et plus encore les plus vieux, ont en tête le petit garçon frisé accompagné de son mouton, représentant saint Jean-Baptiste, qui clôturait chaque année le défilé. Cette mise en scène du saint patron des Canadiens français, qui émergea vers les années 1860, allait devenir, un siècle plus tard, l’image même d’un nationalisme canadien-français traditionnel, conservateur, teinté de religion et quelque peu infantilisant que les nationalistes québécois voulurent remplacer.
Il ne s’agissait d’ailleurs pas des premières attaques contre cette représentation (le petit garçon frisé) de saint Jean-Baptiste issue des peintures renaissantes du XVIe siècle. Ainsi, dès 1911, Ollivar Asselin, alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste, avait vertement critiqué ce symbole, ce qui lui avait d’ailleurs valut un flot de critiques tel qu’il avait dû démissionner de son poste: Lire la suite
Malgré le fait que la fête nationale se veuille un moment de rassemblement autour de la question nationale, cette dernière fait justement parfois apparaître des dissensions au sein même des manifestations de la fête. Ainsi, la politisation à outrance ou, à l’inverse, l’absence de réflexion politique au sein de la fête peut donner lieu à un dédoublement de celle-ci. Voilà comment apparaissent parfois des festivités parallèles, dont le positionnement par rapport aux festivités officielles est révélateur de tensions relatives à la question nationale au sein de la société québécoise. Lire la suite
Le discours patriotique fait sur la scène des grands spectacles, notamment à Montréal et à Québec, mais aussi dans le cadre des plus petits spectacles de toutes les régions du Québec, est l’un des moments les plus significatifs de la fête nationale. Il s’agit pratiquement du seul moment de réflexion sur le sens de la fête, sur le passé, le présent et le devenir de la nation. Il se fait sous différentes modalités selon qui le prononce, mais est le plus souvent inspirant, comme le montrent les quelques extraits qui suivent. Lire la suite
Depuis plusieurs mois déjà, les organisateurs de la fête nationale ont prévenu les fêtards : les excès seront de moins en moins tolérés, notamment à Québec où le méga-spectacle des Plaines d’Abraham est souvent le lieu de beuveries, voire de débordements violents dans les rues avoisinantes. Une campagne de promotion d’Éduc’Alcool a ainsi été mise en place qui présente des jeunes en état d’éthylisme profond avec le slogan « C’est notre fierté qui en prend un coup ». Lire la suite
On a souvent tendance à réduire les festivités de la fête nationale aux seules méga-manifestations de Québec et de Montréal. Or, depuis les premières années de l’instauration de la Saint-Jean-Baptiste en tant que fête nationale dans les années 1830, celle-ci est fêtée dans pratiquement toutes les localités du Québec, souvent avec une couleur particulière. Lire la suite
Je vous offre aujourd’hui un retour sur la fête nationale de l’an dernier, ou plutôt sur l’histoire de la Saint-Jean-Baptiste en général, à travers un article que j’ai publié dans le quotidien Le Devoir le 23 juin 2010, ainsi qu’une entrevue que j’ai faite le lendemain à l’émission 24h en 60 minutes, à RDI. Lire la suite
Moment de festivités, la Saint-Jean-Baptiste peut parfois être aussi une occasion de dérapages violents… Il s’agit d’ailleurs d’un des arguments de la campagne de sensibilisation aux excès chez les jeunes dont je parlais récemment, alors que la fiesta à Québec de l’an dernier s’est soldée par deux tentatives de meurtre…
Au cours des dernières décennies, la fête nationale a ainsi été le lieu d’émeutes parfois spectaculaires, qui se sont cependant déployées dans des contextes et pour des motifs fort différents. Tous se rappellent évidemment l’émeute de 1968, causée par la présence de Pierre Elliott Trudeau sur l’estrade d’honneur devant la bibliothèque municipale sur la rue Sherbrooke, et qui a vu le parc Lafontaine s’enflammer par les troupes nationalistes, dont le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) de Pierre Bourgault. Lire la suite
L’année 1834 marque un jalon important dans l’histoire de la Saint-Jean-Baptiste au Québec puisqu’il s’agit du moment où Ludger Duvernay, entouré de sympathisants patriotes, tînt le premier banquet de la fête nationale, le jour du 24 juin. Le contexte politique qui préside à l’organisation, du banquet s’avère d’ailleurs tendu, les 92 Résolutions ayant été adoptées depuis peu. Lire la suite
La première mention de célébrations de la Saint-Jean-Baptiste en Amérique du Nord remonte à 1606, alors que des colons en route vers la future Acadie s’arrêtèrent sur les côtes de Terre-Neuve, le 23 juin (Cf. Jean Provencher, 1982, p. 195-196). Lire la suite
Les fêtes agraires entourant le solstice d’été remontent à l’Antiquité et sont fortement liées au culte du soleil, d’où la coutume des feux de joie, qui constitue l’apanage le plus ancien de la Saint-Jean-Baptiste. Le culte de la lumière, celle du soleil et celle du feu, marquait donc le jour le plus long de l’année, soit le 21 juin. Or, le passage du calendrier julien au calendrier grégorien entraîna le déplacement de la fête au 24 juin comme c’est toujours le cas aujourd’hui, et ce bien que le solstice d’été prenne place quelques jours plus tôt. Lire la suite
Jean-Philippe Warren parle de la l’utilisation de la symbolique par le politique, notamment au travers de la fête nationale. Il trace également, pour la période contemporaine, les grandes lignes de l’évolution de la fête nationale. Entrevue réalisée en 2009.
Claude Jean Devirieux parle de la Saint-Jean-Baptiste de 1968, laquelle fut marquée par des émeutes causées par la présence de Pierre Elliott Trudeau sur l’estrade d’honneur, devant le parc Lafontaine. Entrevue réalisée en 2009.
L’histoire de la Saint-Jean-Baptiste montre bien comment un événement collectif peut s’avérer être un terrain de luttes politiques, à la fois symboliques et parfois même violentes. La fête nationale est non seulement le lieu d’émission d’un discours officiel sur la nation, mais aussi de critiques intervenant dans différentes sphères de l’espace public. Plus encore, la Saint-Jean-Baptiste comporte une part d’effervescence populaire, parfois subversive, mais surtout irréductible aux seuls discours des acteurs politiques. Lire la suite
Le contexte de la Saint-Jean de 1990 est fortement marqué par l’échec de l’Accord du lac Meech, qui devait permettre au Québec de réintégrer « dans l’honneur et l’enthousiasme » (selon les mots de Lucien Bouchard au moment où il était encore ministre conservateur) la Confédération canadienne, lui qui n’avait toujours pas signé la Constitution que Pierre Elliott Trudeau avait rapatriée unilatéralement en 1982.
Brian Mulroney, dont le gouvernement conservateur succéda à celui de Trudeau en 1984, s’était donc donné comme mission de réconcilier la famille canadienne et de réparer l’affront fait au Québec suite à l’échec référendaire de 1980. Pour ce faire, il mit sur pied une ronde de négociations constitutionnelles devant s’atteler à répondre aux demandes particulières du Québec, formulées comme suit: Lire la suite
Le lundi de la matraque
La Saint-Jean de 1968 fut sans doute l’une des plus marquantes de l’histoire du Québec, qualifiée par plusieurs de « lundi de la matraque », en référence aux violentes émeutes – de même qu’à la non moins violente répression policière – y ayant pris place. Comme chacun le sait, l’atmosphère de 1968 est survoltée, marquée par de nombreuses grèves et émeutes un peu partout en Occident. Au Québec, le contexte de la fête nationale est polarisé par la présence de Pierre-Elliott Trudeau sur l’estrade d’honneur située sur la rue Sherbrooke devant le parc Lafontaine, lui qui a été invité en sa qualité de Premier ministre, au grand damne des regroupements indépendantistes, le RIN de Pierre Bourgault au premier chef. Mentionnons au passage qu’il n’est pas peu symptomatique que l’emblème du RIN, un bélier stylisé, symbole de force et de détermination, ait justement été adopté comme une subversion du mouton national, jugé faiblard et infantilisant. Lire la suite


