Festivités populaires et confrontations
Les années qui suivent les coups de force des défilés de 1968 et 1969 marquent le début d’une appropriation québécoise et populaire de la fête, qui reste cependant le lieu de turbulences souvent violentes. Si le défilé officiel est interdit par autorités qui ne veulent pas voir le spectacle des deux années précédentes se reproduire, il est remplacé en par un défilé populaire sillonnant les rues de la ville et aboutissant dans le Vieux-Montréal. Lire la suite

La tradition du défilé est sans doute la plus caractéristique de la Saint-Jean-Baptiste. Tous, et plus encore les plus vieux, ont en tête le petit garçon frisé accompagné de son mouton, représentant saint Jean-Baptiste, qui clôturait chaque année le défilé. Cette mise en scène du saint patron des Canadiens français, qui émergea vers les années 1860, allait devenir, un siècle plus tard, l’image même d’un nationalisme canadien-français traditionnel, conservateur, teinté de religion et quelque peu infantilisant que les nationalistes québécois voulurent remplacer.
Malgré le fait que la fête nationale se veuille un moment de rassemblement autour de la question nationale, cette dernière fait justement parfois apparaître des dissensions au sein même des manifestations de la fête. Ainsi, la politisation à outrance ou, à l’inverse, l’absence de réflexion politique au sein de la fête peut donner lieu à un dédoublement de celle-ci. Voilà comment apparaissent parfois des festivités parallèles, dont le positionnement par rapport aux festivités officielles est révélateur de tensions relatives à la question nationale au sein de la société québécoise.
Le discours patriotique fait sur la scène des grands spectacles, notamment à Montréal et à Québec, mais aussi dans le cadre des plus petits spectacles de toutes les régions du Québec, est l’un des moments les plus significatifs de la fête nationale. Il s’agit pratiquement du seul moment de réflexion sur le sens de la fête, sur le passé, le présent et le devenir de la nation. Il se fait sous différentes modalités selon qui le prononce, mais est le plus souvent inspirant, comme le montrent les quelques extraits qui suivent.
Depuis plusieurs mois déjà, les organisateurs de la fête nationale ont prévenu les fêtards : les excès seront de moins en moins tolérés, notamment à Québec où le méga-spectacle des Plaines d’Abraham est souvent le lieu de beuveries, voire de débordements violents dans les rues avoisinantes. Une campagne de promotion d’Éduc’Alcool a ainsi été mise en place qui présente des jeunes en état d’éthylisme profond avec le slogan « C’est notre fierté qui en prend un coup ». 



L’histoire de la Saint-Jean-Baptiste montre bien comment un événement collectif peut s’avérer être un terrain de luttes politiques, à la fois symboliques et parfois même violentes. La fête nationale est non seulement le lieu d’émission d’un discours officiel sur la nation, mais aussi de critiques intervenant dans différentes sphères de l’espace public. Plus encore, la Saint-Jean-Baptiste comporte une part d’effervescence populaire, parfois subversive, mais surtout irréductible aux seuls discours des acteurs politiques.