On a souvent tendance à réduire les festivités de la fête nationale aux seules méga-manifestations de Québec et de Montréal. Or, depuis les premières années de l’instauration de la Saint-Jean-Baptiste en tant que fête nationale dans les années 1830, celle-ci est fêtée dans pratiquement toutes les localités du Québec, souvent avec une couleur particulière.

Un exemple contemporain est celui de Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix, qui a développé une tradition bien particulière qui reprend à son compte la légende du Baptiste. Comme le montre la dernière minute du clip suivant (qui est plus illustratif qu’intéressant en soi), le défilé de la ville (parce que plusieurs villes organisent elles-mêmes des défilés, où l’on a longtemps retrouvé le petit frisé et son mouton, bien après qu’ils furent « bannis » du défilé national de Montréal) est clôt par un camion de pompiers. Or, une amie ayant déménagé là-bas m’a informé que ces derniers avaient la tradition d’arroser les nouveaux arrivants de la municipalité, sorte de baptême du boyau qui les intégrait symboliquement dans la communauté… Bien que sur le mode ludique, on peut y voir une référence au baptême par immersion que pratiquait Jean dans les eaux du Jourdain, comme quoi les symboles de la fête ont non seulement la vie dure, mais se métamorphosent et s’adaptent aux contextes historiques.

Du côté de Montréal, l’annulation du défilé après les événements de 1968 et 1969 ont vu l’éclosion de festivités de quartier qui, elles aussi, sont parfois devenues un lieu d’expression pour les communautés particulières qui y résident. L’exemple le plus éclatant de cette dynamique est le quartier Mile-End, où s’est instaurée une véritable tradition festive pour les nombreuses communautés culturelles qui s’y trouvent, et qui attirent des badauds de partout en ville, et même d’ailleurs. Pour plusieurs participants à cette Saint-Jean-Baptiste des plus colorées, la fête est un lieu et une occasion de présentation de leur culture et de leur couleur particulières, un moment d’intégration de la différence dans le récit de la fête nationale. Deux anthropologues se sont d’ailleurs penchés sur le phénomène, voici le lien de leur article:

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_2000_num_16_2_1733

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la fête nationale évolue elle-même à mesure que la société québécoise se diversifie et, plus encore, intègre dans son récit nationale la pluralité des éléments qui la constitue. Votre Saint-Jean a une couleur particulière? Faite-le moi savoir!

Marc Ouimet


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