Moment de festivités, la Saint-Jean-Baptiste peut parfois être aussi une occasion de dérapages violents… Il s’agit d’ailleurs d’un des arguments de la campagne de sensibilisation aux excès chez les jeunes dont je parlais récemment, alors que la fiesta à Québec de l’an dernier s’est soldée par deux tentatives de meurtre…

Au cours des dernières décennies, la fête nationale a ainsi été le lieu d’émeutes parfois spectaculaires, qui se sont cependant déployées dans des contextes et pour des motifs fort différents. Tous se rappellent évidemment l’émeute de 1968, causée par la présence de Pierre Elliott Trudeau sur l’estrade d’honneur devant la bibliothèque municipale sur la rue Sherbrooke, et qui a vu le parc Lafontaine s’enflammer par les troupes nationalistes, dont le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) de Pierre Bourgault. Voici à cet égard quelques extraits vidéos de cet événement mémorable, qu’on surnomma le Lundi de la matraque, et hautement significatif dans l’évolution de la conscience nationale québécoise.

Le défilé de l’année suivante connut lui aussi quelques débordements, alors que des membres du Front de libération populaire attaquèrent la statue du saint patron et la jetèrent par terre. Les autorités municipales décidèrent alors de ne plus tenir de défilé dans les rues de Montréal, et ce jusque dans les années 1980. Des festivités de quartiers furent plutôt organisées un peu partout en ville, et plus particulièrement dans le Vieux-Montréal où, de 1970 à 1974, les fêtards confrontèrent souvent les forces de l’ordre.

Néanmoins, la confrontation ouverte la plus importante entre des fêtards – principalement des jeunes – et les forces de l’ordre eut lieu en 1997 à Québec. Ainsi, alors que le spectacle se termina vers minuit, la foule refusa de se disperser des Plaines d’Abraham et du grabuge prit place dans les rues avoisinantes, l’escouade anti-émeute entrant en confrontation ouverte avec une énorme foule de jeunes éméchés et échaudés. La confrontation fut spectaculaire, et c’est d’ailleurs ce qui poussa les organisateurs de la fête à prolonger les spectacles jusqu’au matin, façon de faire qui est aujourd’hui remise en cause. Voici quelques extraits de ces confrontations.

Comme on peut le constater, la dynamique de la fête peut ne pas être que festive, mais déborder rapidement et soudainement dans la contestation du pouvoir et la confrontation avec les forces de l’ordre, avec le tact qu’on connaît à celles-ci… Si plusieurs de ces débordements sont simplement répréhensibles, d’autres sont plus complexes et laissent entrevoir la richesse et la complexité de la fête en tant que phénomène social (notamment les émeutes de 1968 et 1969). Phénomène de masse, la fête est également, pour cette jeunesse qu’on veut de toute époque contrôler, un rite de passage qui implique excès et débordements, affirmation sur la place publique et catharsis face au pouvoir établi. Plus profondément encore, elle est un moment de communautarisation, au sens durkheimien du terme, qui se passe le plus souvent dans l’entente et le regroupement autour de symboles communs mais aussi, en certaines occasions particulières, dans la contestation parfois violente de ces symboles et de l’ordre social et politique qu’il représentent.

C’est bien ce qui fait de la Saint-Jean, au-delà les formalisations souvent quétaines du défilé, un moment d’effervescence sociale qui en dit long sur le Québec et les dynamiques qui l’habitent.

Marc Ouimet


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