Introduction
Ce projet découle d’une passion, celle de l’histoire, celle du Québec, et celle aussi de la fête nationale. C’est plusieurs années à réfléchir la Saint-Jean-Baptiste dans son rapport à la nation et la société québécoises, à y voir la mise en scène et la célébration de notre identité collective, dans ses tensions et sa fébrilité.
Le lys en fête, le lys en feu, c’est l’histoire de la Saint-Jean-Baptiste et du Québec, mais c’est surtout celle du Québec à travers la fête nationale. C’est une tentative d’utilisation du Web pour diffuser une réflexion historique critique et plurielle, plus large et plus riche que celle d’ordinaire proposée par les médias de masse, plus accessible aussi que celle produite à l’université.

La fête de la Saint-Jean-Baptiste constitue chaque année un moment privilégié de la vie collective au Québec. Marquée par plusieurs célébrations allant des méga-spectacles aux fêtes de quartier en passant par le traditionnel défilé, la fête nationale mobilise de plusieurs façons l’espace public. Le jour de la Saint-Jean, le Québec entier se célèbre mais se réfléchit également, laissant voir les tensions et les contradictions d’une identité collective toujours inquiète de son avenir.
Parler de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, au Québec, c’est invoquer un ensemble de manifestations et de symboles qui ramènent chacun à sa propre expérience. Il y a plusieurs façons de fêter, dans les grands rassemblements ou encore autour d’un feu de camp entre amis, tout comme il existe plusieurs visions de ce que peut représenter le Québec. De même, si la Saint-Jean-Baptiste est bel et bien la fête nationale des Québécois, elle ne leur est pas exclusive mais est plutôt fêtée en de nombreux endroits, à commencer par les autres communautés francophones d’Amérique du Nord, mais aussi dans la plupart des pays de tradition catholique.
De fait, quelle signification peut bien avoir cette fête qui comporte des visages aussi différents que les cérémonies officielles telles le banquet et la messe, et les grands spectacles souvent marqués par d’excessives beuveries? Réfléchir la Saint-Jean-Baptiste dans son continuum historique permet d’en restituer la profondeur et, surtout, le lien intime qu’elle entretient avec l’histoire politique du Québec.
La découpe proposée de l’histoire de la Saint-Jean-Baptiste suit ainsi de près celle du Québec et, avant lui, du Canada français jusqu’à la Nouvelle-France et même au-delà. Plus particulièrement, on détaillera les origines antiques puis christianisées de la fête pour en suivre ensuite l’implantation au Nouveau Monde, sa cooptation par les nationalistes canadiens gravitant autour des Patriotes, sa reprise par l’Église catholique et son imbrication dans le clérico-nationalisme canadien-français. Viendra ensuite la période québécoise de la fête qui se déploie à partir des années 1960, marquant la disparition de la fête canadienne-française, remplacée d’abord par une fête davantage populaire puis officialisée comme fête nationale du Québec et, au tournant des années 1990, par une fête tentant tant bien que mal de faire le pont entre les traditions d’antan et la réalité contemporaine, plurielle et diversifiée, de la société québécoise.
Cette présentation de l’histoire de la fête nationale est précédée de jalons conceptuels permettant une lecture critique des phénomènes sociaux que sont la fête, la nation et le nationalisme, particulièrement dans le cadre de la modernité politique ayant défini les sociétés libérales depuis le début du XIXe siècle en Occident.
Ce portrait sera finalement complété par deux articles élargissant l’appréhension de la Saint-Jean-Baptiste, le premier abordant la présence de la fête dans les autres communautés francophones du Canada et le second, en différents endroits du monde. Parce qu’il importe de se rappeler qu’au-delà du référent national de la fête, le fait de fêter représente en soi un des éléments les plus universels de la vie sociale, un lieu privilégié de rencontre de l’autre, de la diversité qui fait la richesse de toute société.
Ce projet est développé par Marc Ouimet.
